Première ligne de tension : le conflit entre expérimentation et enquête


1.  Première ligne de tension : le conflit entre expérimentation et      enquête

En abordant derechef le problème des conflits entre les options méthodologiques, je ne commence pas par toucher, comme il pourrait le sembler, à une question superficielle ou secondaire. Outre que cette question doit par ses implications nous conduire à des problèmes théoriques fondamentaux, je crois qu'il s'agit de quelque chose d'essentiel pour la psychologie sociale, d'étroitement lié à son statut scientifique. Non que notre mouvement se borne à être un concert de variations technologiques, mais bien parce que comme toute science, il doit aussi tenir son caractère de ses procédures d'exploration et de vérification. Je ne pense pas non plus qu'il faille considérer l'opposition entre tenants de l'enquête et tenants de l'expérimentation comme une phase de l'évolution historique de notre discipline : cette opposition peut être retrouvée dès les premiers balbutiements de la psychologie sociale. Même si la prétention à être une science purement expérimentale ne s'est formellement exprimée que dans une période récente – s'en référant aux signes que constituent les publications, on situera la généralisation d'une telle affirmation dans les années 60 : 1964, début de la parution annuelle des Advances in Experimental Social Psychology ; 1965 : création du Journal of Experimental Social Psychology – il est aisé de montrer que l'expérimentation fut toujours présente là où la psychologie sociale a posé son existence, et quelquefois avant l'enquête. À titre de repère rappelons que la première observation expérimentale en psychologie sociale remonte à 1897, [1] que la première vérification expérimentale d'une hypothèse se situe en 1920 [2] et que Lewin formula la charte de l'expérimentation en psychologie sociale au moment où celle-ci s'imposait spectaculairement, en cette deuxième moitié du 20ième siècle. [3] La dualité des démarches est donc autre chose que la marque d'une étape historique quand bien même présentement les conflits qu'elle engendre font figure de période critique dans la croissance de la discipline.

La séparation entre expérimentation et enquête ne doit pas non plus être assimilée à une répartition des tâches, une spécialisation technique ou rapportée à une différentiation des stratégies de recherche selon les types de problèmes à explorer. Nous sommes en présence d'une véritable coupure clivant la communauté scientifique en deux mondes intellectuels, de sorte que l'on est en droit de se demander si nous n'avons pas affaire à deux sortes de savants, ou à deux disciplines différentes. De fait, opter pour l'une ou l'autre de ces méthodologies, revient à adhérer à une « société » dont l'accès n'est ouvert que si l'on fait sien un credo défini sans autre besoin de justification et de discussion. Entre ces deux mondes, les jeux sont faits et la critique mutuelle semble exclure – malgré les efforts de certains [4] – toute possibilité de rapprochement. Les critiques que chaque école adresse à l'autre sont désormais connues : aux psychosociologues expérimentaux, on reproche l'artificialité des situations dans lesquelles ils procèdent à l'examen des phénomènes sociaux : en bref, l'inadéquation entre leur démarche scientifique et la réalité sociale. Aux psychosociologues non expérimentaux, on reproche de ne pouvoir saisir dans un contexte « naturel » la complexité des processus sociaux, d'adopter une démarche où la collecte des données n'autorise pas une vérification rigoureuse des propositions que l'on en tire : en bref, l'incompatibilité de leur vue de la réalité sociale avec la démarche scientifique.

À travers ce débat, c'est bien d'une définition de la psychologie sociale qu'il s'agit : ou bien l'on insiste sur le primat de ce qui constitue le caractère scientifique d'une démarche, quel que soit son objet, et, avec les expérimentalistes, on s'efforce d'élaborer des méthodes qui répondent à ce critère général de scientificité ; ou bien l'on accorde que prévaut la spécificité de la réalité visée et l'on tente, avec les psychosociologues de l'enquête et de l'observation, d'établir une méthodologie qui y soit adaptée. Mais n'est-ce pas une erreur de rester enfermé dans une dichotomie aussi abrupte et ne convient-il pas de formuler en termes différents le problème des rapports entre démarche et objet de la discipline ? C'est en se situant à ce niveau qu'il me paraît possible de surmonter les conséquences fâcheuses d'une dissension fondée sur une fausse représentation du champ. Il est en effet réaliste d'envisager une évolution qui consacrera la rupture actuelle : au niveau théorique, il est illusoire de croire à une conciliation possible étant donné justement les représentations enjeu ; au niveau pratique, la division méthodologique impose et imposera, tant pour la formation des chercheurs que pour le fonctionnement des institutions de recherche, des spécialisations dont les contraintes seront déterminantes pour l'avenir de la science. Mais devant une telle situation, deux types de prédictions peuvent être formulées dont les implications sont opposées.

Ceux qui ne reconnaissent pas de spécificité à l'objet de la psychologie sociale verront en effet dans la division méthodologique l'amorce d'une dissolution comme domaine de recherche autonome. On prévoit alors que la partie proprement expérimentale de la psychologie sociale sera intégrée à la psychologie générale et la partie enquête absorbée par la sociologie. Mais si l'on pense, comme c'est mon cas, que c'est l'existence de certains phénomènes qui a rendu nécessaire la psychologie sociale et que celle-ci le restera tant que leur explicitation théorique ne sera pas intervenue, alors on voit se dessiner un autre devenir à la séparation entre enquête et expérimentation. Certes, il est prévisible que certaines parties de la psychologie sociale se rapprocheront progressivement de la psychologie et de la sociologie, non tant à cause de leur méthodologie qu'en raison d'une communauté de préoccupations. Ainsi toute une orientation clinique viendra à juste titre rejoindre le domaine de la psychologie de la personnalité où, à la suite des néo-freudiens, se développe un courant qui intègre la considération de certains facteurs sociaux et relationnels dans l'étude de la personnalité : un exemple d'une telle tendance peut être trouvé dans la transformation de la revue Journal of Abnormal and Social Psychology en Journal of Personality and Social Psychology. De même peut-on constater dès maintenant l'expulsion hors du champ de la psychologie sociale du domaine se rapportant aux sondages d'opinons, et le rapprochement de toute une série d'études psychosociologiques avec la sociologie de type fonctionnaliste que l'on peut considérer comme une psychosociologie « glacée », s'occupant de phénomènes psychosociologiques réifiés (par exemple, l'étude des organisations, des institutions hospitalières, carcelaires etc.).

Mais conjointement à ces redéfinitions des secteurs d'appartenance, il est déjà possible de percevoir que se modifient les conceptions de l'expérimentation et de l'utilisation des techniques d'observation et d'enquête dans l'approche des phénomènes et processus proprement psychosociologiques. À partir de quoi le hiatus entre méthodes disparaît en faveur d'une complémentarité. Le dépassement de la contradiction s'opère par l'application de la démarche hypothético-déductive à l'observation et à l'enquête en milieu naturel (les psychosociologues abandonnant le modèle physique – pure expérimentation en laboratoire – pour le modèle astronomique expérimental, test en milieu naturel d'hypothèses théoriques) ou encore par l'inclusion de situations sociales réelles en vue de l'élaboration d'une théorie elle-même vérifiée dans le laboratoire et/ou par l'enquête, l'observation contrôlée, le traitement de données d'archives, etc.

Bien qu'elle ait été fort décriée, la psychologie sociale expérimentale reste le point fort et, paradoxalement, la partie la plus appliquée de la psychologie sociale. C'est d'elle qu'il faut partir pour procéder à la redéfinition des problèmes et des voies d'exploration qu'engendre toute division. En disant « partir », j'entends qu'il faut renoncer à s'affirmer expérimentaliste contre toute autre tendance, à faire de l'expérimentation une fin en soi ou un faux semblant qui confère aux recherches des allures de scientificité à l'usage des collègues [5] J'entends aussi que par le biais de l'expérimentation il ne faut pas s'attendre à rejoindre la psychologie expérimentale ou y puiser notre nourriture, non plus qu'à accéder à la rigueur de la physique ou de la mathématique. L'expérimentation reste une phase essentielle de la démarche scientifique, mais dans le cas de la psychologie sociale, il convient de l'insérer en juste place dans le processus d'exploration d'une réalité spécifique et de la relier à l'activité théorique, malheureusement trop négligée jusqu'à présent. J'aurai à revenir en conclusion sur ce problème qui engage des options intellectuelles fondamentales. Pour ce qui concerne la question immédiate dont nous traitons, je crois possible d'augurer que la tension méthodologique disparaîtra quand, optant pour la méthode expérimentale comme noyau de la discipline, on reconstituera la séquence méthodologique en réintroduisant l'observation et l'enquête sur le terrain en amont et en aval de l'expérimentation et en subordonnant ces phases d'exploration et de vérification à une analyse théorique, elle-même en prise directe sur la réalité psychosociologique.

2.  Seconde ligne de tension : l'orientation des généralisations

S'agissant de référer les résultats obtenus, quelle que soit la méthode employée pour y parvenir, à un cadre doctrinal, les psychosociologues divergent également en deux tendances irréductibles. De fait, on retrouve, au niveau de l'orientation des généralisations le même problème : fonder la spécificité de la psychologie sociale ou en délimiter le domaine d'allégeance. Car s'il se trouve que les généralisations ne peuvent être effectuées dans le cadre de théories purement psychosociologiques, on est alors conduit à poser que les lois psychosociologiques ne sont que des cas particuliers de lois plus générales qui régissent les systèmes psychologique ou sociologique.

Ce dilemme se retrouve depuis que la psychologie sociale a été présentée comme domaine indépendant, soit – si l'on s'en tient à la publication de manuels, critère sur lequel s'accordent généralement les psychosociologues – depuis 1908. À cette date, en effet, parurent les deux premiers manuels se rapportant explicitement à la psychologie sociale. Mais déjà et du même coup, se manifestait la dualité de tendances dans la mesure où l'un des ouvrages était dû à un psychologue, l'autre à un sociologue [6]. Par la suite et jusqu'à ce que soient publiés des manuels dont les auteurs [7] se posent comme psychosociologues et tentent de définir la spécificité de leur champ, les ouvrages de présentation de la psychologie sociale furent presque par moitié dus à des psychologues et des sociologues. Cette différenciation se retrouve en filigrane, encore aujourd'hui, selon l'origine professionnelle des auteurs, et l'on voit ainsi la psychologie sociale considérée soit comme une branche de la psychologie, soit comme une branche de la sociologie.

Outre l'origine professionnelle et les doctrines de l'homme qu'elle engage, on peut assigner à la crise des généralisations une autre cause. Le développement des méthodes, l'accent placé sur l'empirie, l'importance accordée à l'établissement scientifique des données, a mis en veilleuse l'activité théorique en psychologie sociale. Ayant à approfondir et systématiser les problèmes et l'ensemble des résultats ainsi accumulés, on se heurte à la difficulté de trouver un cadre explicatif général et spécifique. Pour dépasser le simple langage descriptif auquel on s'est trouvé limité du fait même d'une démarche empirique et inductive, la nécessité de constructions et de généralisations théoriques s'est imposée. Comme la psychologie sociale n'est pas partie de la théorie, cette généralisation n'a pu être opérée au sein même du champ, mais par l'extension des résultats acquis à un autre ordre de connaissance, déjà structuré et applicable à un objet défini : celui de la psychologie ou de la sociologie. Et ainsi que le remarque Allport [8] il y a eu tendance jusque très récemment à rapporter les données recueillies par la recherche psychosociologique à un contexte de référence sociologique ou psychologique qui dépasse largement ce que l'on est en droit d'inférer à partir des données elles-mêmes. Les conflits d'orientation et la diversité des approches tiennent donc également à cette bifurcation où un corps commun de résultats et de concepts est dévié dans l'une ou l'autre de ces directions, la théorie proprement psychosociologique se trouvant par là dévoyée sinon arrêtée.

Orienter les généralisations vers la psychologie, revient à faire de la psychologie sociale une discipline purement descriptive, un secteur particulier de la psychologie ayant pour fonction d'étendre et d'approfondir la connaissance de phénomènes, processus, mécanismes généraux qui restent identiques à travers toutes les conditions de production ou d'opération : par exemple, la perception, le jugement, la mémoire, etc. Les résultats obtenus en psychologie sociale ne seraient alors que le moyen de spécifier certains facteurs qui interviennent dans l'établissement du comportement humain ou animal, ces spécifications devant être rapportées, en dernière analyse, aux lois de la psychologie animale, de la psychophysique ou de la psychophysiologie. Ainsi étudierait-on la perception sociale au même titre que l'on étudie la perception visuelle ou auditive. Ainsi des phénomènes proprement psychosociologiques comme les processus d'influence, le changement d'attitude ne seraient-ils qu'un cas particulier de conditionnement, un conditionnement intellectuel, soumis aux lois générales de l'apprentissage. Ou encore s'agissant d'un comportement, d'une attitude ou d'un besoin social se trouve-t-on amené à recourir à une explication purement psychologique : c'est Rokeach [9] qui rend compte du développement des systèmes de croyance, dogmatique ou libéral, par l'expérience de la petite enfance, plus ou moins traumatisante ou anxiogène ; c'est Schachter [10] qui pour expliquer la grégarité et le besoin d'affiliation s'en rapporte aux caractéristiques psychologiques liées au type d'éducation reçue en fonction du rang de naissance. Un autre exemple pourrait être trouvé dans la tradition behavioriste qui distingue différentes branches dans la psychologie générale selon le type d'antécédent du comportement, humain ou animal qu'elles considèrent : on fait de la psychologie de la perception quand l'antécédent est un stimulus sensoriel, de la psychologie de la motivation quand l'antécédent est une déprivation ou une excitation, de la psychologie de l'apprentissage quand l'antécédent est un renforcement, de la psychologie sociale enfin quand l'antécédent est un autre organisme, en relation de dépendance ou d'interdépendance. [11]

D'une manière générale, avec de telles conceptions, dont les exemples sont nombreux, on est amené à négliger les propriétés des entités mises en relations, qu'il s'agisse d'animaux, d'individus ou de groupes. D'autre part on se réfère à des mécanismes supposés généraux et indépendants des conditions dans lesquelles ils se produisent ou opèrent. Par là, on dénie toute spécificité aux objets de la psychologie sociale. En effet, l'extension univoque de l'individuel au social suppose de la part ce deux qui la préconisent ou y procèdent, l'adoption de trois postulats implicites. Postulat que le social ne constitue par rapport à l'élémentaire non-social, qu'un ordre caractérisé par une complexité croissante et que la hiérarchie des phénomènes s'ordonne du plus simple au plus complexe, de l'individu au groupe. Postulat que le social n'implique pas l'existence de phénomènes spécifiques, et qu'il n'y a pas de lois particulières le régissant, les lois physiologiques expliquant les lois psychologiques, ces dernières rendant compte des rapports sociaux. Postulat qu'il n'y a pas de différence fondamentale entre le social et le non-social, autrui n'étant considéré que comme partie de l'environnement. La doctrine d'Allport reste encore admise par beaucoup : « The significance of social behavior is the same as that of non-social, namely, the correction of the individual's biological maladjustment to his environment... In and through others many of our most urgent wants are fulfilled ; and our behavior toward them is based on the same fundamental needs as our reactions toward all objects, social or non-social ». [12] Ceci conduit à ramener la psychologie sociale au rang de discipline purement descriptive et, pour autant qu'on pose le « social » comme n'apportant rien, à en faire une psychologie individuelle élargie tandis que la psychologie individuelle (ou générale, ou expérimentale) est une psychologie sociale contractée. Et Asch, commentant ce courant de pensée, a pu, avec un humour non dénué de fondement, en conclure que les phénomènes sociaux per se ne sont pas d'un intérêt décisif : « The psychology of the individual also defined in a particular way the scope of social psychology which, instead of studying the usual stimuli weights, lights, sounds, – dealt with social stimuli. The other person too is a stimulus. But if « the individual in the crowd behaves just as he would behave alone, only more so »[13] if it was the individual citizen who stormed Bastille, one could only conclude that social phenomena were not of major theoretical interest. [14]

À cette orientation, s'oppose un autre courant qui tendrait à étudier les processus psychosociologiques en vue d'une connaissance sociologique et en référence à elle. Bien que répondant à un souci pratique : améliorer le fonctionnement social, cette orientation suppose une théorie de la société et de la dépendance de l'individu par rapport à ses structures. Je fais surtout allusion ici aux travaux portant sur les groupes restreints, leurs structures et les hiérarchies de rôles et de statuts par lesquelles se définissent l'identité et l'appartenance sociale des individus, ou encore aux recherches portant sur les communications de masse. Avec la première série de travaux, se dessine une image de la société globale comme étroitement dépendante du fonctionnement harmonieux et efficace des sous-ensembles qui la composent, c'est-à-dire les petites unités sociales telles que la famille, les milieux professionnels, les divers groupes primaires, etc. La connaissance des règles de la vie de ces sous-ensembles telle qu'elle procède de l'étude scientifique des petits groupes permettrait la maîtrise des problèmes sociaux cruciaux. Les lois établies sur le fonctionnement des groupes s'organisent alors en une théorie sociale qui les coiffe ; de même les lois qui régissent les relations sociales, se déduisent de la connaissance des processus de groupes, les individus étant saisis comme des unités sociales dont les propriétés décrivent uniquement des rôles, des statuts et des positions qu'ils occupent au sein des structures complexes. La psychologie sociale devient un moyen d'étudier en laboratoire, selon des méthodes éprouvées, les processus sociaux rencontrés à une échelle plus vaste dans la société réelle. De même les lois établies sur les effets des communications de masse, doivent être rapportées à une conception de la société comme masse homogène, composée de manière indifférenciée et atomistique d'éléments équivalents, les individus. Un autre exemple d'une généralisation extérieure à la psychologie sociale pourrait être trouvé dans l'orientation culturaliste qui subordonne les mécanismes psychosociaux aux caractéristiques sociales et culturelles du champ de comportement, aux cadres sociaux des grandes fonctions mentales, ou aux formes culturelles des acquisitions dans la socialisation et l'apprentissage social.

Il va sans dire que de telles conceptions engagent des représentations de la société sur lesquelles il y aurait lieu de discuter. Mais ce genre de critique relève d'un domaine qui ne nous concerne pas directement ici. Par contre, il me semble important de souligner l'absence d'une perspective vraiment dynamique dans l'approche des phénomènes psychosociologiques. Individus ou groupes y sont considérés comme des entités substantielles, dont les propriétés constitutives sont indépendantes des relations sociales qui s'établissent entre elles. Et, dans ce cas encore, la psychologie sociale ne peut dépasser une tâche purement descriptive, classificatoire.

Ces différentes tendances souffrent de n'avoir pas conçu un objet scientifique autonome, de n'avoir pas posé la possibilité d'une théorie spécifique des phénomènes complexes mis à jour par la recherche psychosociologique. Or, si une telle perspective reste aujourd'hui de l'ordre de l'idéal, il existe néanmoins des tentatives laissant voir dans quel sens elle peut et doit se développer. Les travaux de M. Sherif par exemple constituent une voie féconde : on reconnaîtra dans son approche des normes sociales et des relations inter-groupes, une vue dynamique pour expliquer tant l'élaboration de l'identité individuelle par appartenance ou référence à divers groupes sociaux, que la définition et l'organisation des groupes comme champs de relations, à partir des rapports qu'ils entretiennent avec les groupes environnants. Une autre illustration se trouve dans l'étude de Festinger, Riecken et Schachter sur la psychologie des millénaristes. Pour vérifier une théorie du changement d'attitude, qui pourrait sembler d'orientation individualiste et psychologisante, ces auteurs ont étudié dans un contexte social réel, par une méthode d'observation participante et d'expérimentation naturelle, l'évolution d'une secte religieuse dont les prédictions n'ont pas été réalisées. Cette évolution saisie au niveau d'un groupe social constituait un phénomène proprement psychosocial – il engageait les attitudes, les comportements et les rôles de ses membres autant que les relations internes au groupe et surtout le rapport de ce dernier à l’environnement social, dans la mesure où le recours au support social sous la forme du prosélytisme constituait pour la secte la seule issue pour résoudre le conflit interne provoqué par la contradiction entre sa propre interprétation de la nature et la réponse qu'elle recevait de cette dernière. [15]

À travers ces deux exemples, se dégage une optique, qui, surmontant l'opposition « individuel-social », posant les relations sociales comme essentielles dans la genèse et l'évolution des formations psychologiques, devrait arriver, en toute indépendance, à la formulation d'une théorie explicative des phénomènes psychosociologiques.

3.   Troisième ligne de tension : la définition des unités spécifiques   à l'approche psychosociologique

Il se pourrait que l'opposition dont la section précédente vient de faire état, apparaisse comme une question d'histoire passée et dépassée à un observateur neuf qui s'en tiendrait aux déclarations des psychosociologues sur l'objet de leur discipline. C'est devenu en effet, depuis quelques années, un usage établi de dire que la psychologie sociale a pour objet l'interaction sociale ; par quoi l'on peut supposer résolue la contradiction entre les perspectives « psychologique » et « sociologique ». Mais, qu'on prenne garde : à y voir d'un peu près, il est aisé de constater que, sous ce terme, sont entendues des acceptions bien différentes. Ou plutôt, que l'accord ne règne guère quant à définir la qualité sociale de l'interaction, la nature et les termes du rapport par là supposé, et encore moins, quant à analyser le type d'incidence que peuvent avoir, les uns sur les autres, les axes et les pôles d'un tel système relationnel. En fait, à prendre pour objet une notion comme l'interaction sociale, sans en examiner rigoureusement la dépendance des liens et des composantes, on court le risque de se donner pour objet une forme vide, ce qui revient à ne pas se donner d'objet. Une telle situation qui fait aujourd'hui problème pour la psychologie sociale, n'est pas sans analogie avec celle, historiquement connue, d'un concept comme le « mouvement », qui ne devint objet de connaissance scientifique qu'à partir du moment où, cessant d'être traité comme une entité dotée de propriétés intrinsèques, il fut décomposé par Galilée en éléments et relations.

Et il me paraît, qu'en l'état actuel de la réflexion, le recours à une telle notion ne peut que voiler – et combien imparfaitement ! –, les difficultés très réelles que la psychologie sociale rencontre dans la définition de son unité d'observation et d'analyse, par cela même qu'elle reste tributaire d'un passé lourd en traditions différentes. Traditions ou orientations qui viennent d'être désignées et qui retentissent sur la conception de tous les aspects du système de l'interaction sociale. En rapport avec elles se dégagent plusieurs représentations de l'« objet psychosociologique » lesquelles aboutissent à poser plusieurs « psychologies sociales » coexistant en deçà ou malgré le couvert de l'interaction. J'examinerai maintenant ces optiques qui, déplaçant légèrement l'opposition « psychologie-sociologie » soulèvent, selon moi, un problème majeur pour la défense du statut scientifique de notre discipline.

Une première optique, individualiste, vise à déterminer les variables susceptibles de rendre compte de l'aspect social ou socialisé d'une réponse ou d'un comportement, en partant d'un schéma qui met en rapport deux éléments, déjà donnés et définis indépendamment l'un de l'autre, un « Ego » (individuel ou collectif) et un « Objet », ou encore un Stimulus et un répertoire de Réponses : E-0 ou S-R. Elle s'assigne comme tâche de dresser l'inventaire des caractéristiques auxquelles rapporter du côté du sujet ou du côté de l'objet, les variations des réponses observées. Cette optique donne lieu à deux types de psychologie sociale, « taxonomique » et « différentielle », différant par l'importance et la signification accordées aux termes de la relation Ego-Objet.

Le point de vue taxonomique, tenant pour négligeable les propriétés du sujet qui peut être individuel ou collectif, humain ou non humain, voit le « social », donc son objet d'étude, comme une dimension des stimuli, eux-mêmes classables en stimuli sociaux et non sociaux. Le schéma de la relation Ego-Objet est ainsi spécifié :

Sujet :
Objet : différencié en
indifférencié, quelconque
— social

— non social

Inscrivant la relation sujet-objet dans un contexte de stimulation sociale, la psychologie sociale se doit dans ce cas de définir les propriétés de l'objet social en regard de l'environnement non social et de distinguer ce qui découle spécifiquement d'un stimulus social (autrui, groupe, société) ou socialisé (« réalité sociale » par opposition à « réalité physique » ; ensemble des objets culturels etc.), bref d'établir une classification des conditions et des produits du rapport social. L'environnement humain sera considéré comme social, et dans l'environnement non humain, les stimuli seront qualifiés de sociaux quand leurs dimensions physiques seront soit indexées d'une certaine « valeur » (par exemple monnaies, poids, etc.), soit marquées par un faible degré de structuration, soit socialement « codées » ou « qualifiées ». Dans tous les cas on étudiera comment la dimension sociale infléchit, module des processus fondamentaux comme le jugement, la perception, les attitudes, sans supposer une modification de leur mode opératoire. Ainsi dans les études de perception sociale, s'attachera-t-on aux variations qui sont dues au fait que l'objet perçu est un humain (cf. les expériences sur la perception d'autrui) ou qu'il appartient à une classe socialement « valuée » (cf. les expériences sur les variations de l'évaluation de la taille des monnaies en fonction de leur valeur). On peut encore citer les expériences de Shérif sur l'effet auto-cinétique qui attribuent à la structuration du stimulus certains types de réponses, ou les travaux du groupe de Yale qui rendent compte de l'effet d'une communication persuasive par les caractéristiques sociales de sa source (prestige, crédibilité etc.). J'appelle cette psychologie sociale « taxonomique » parce qu'elle se borne à étendre la description psychologique d'une classe de stimuli à une autre, à marquer des spécificités, à chercher la manière particulière dont les phénomènes psychologiques généraux jouent dans ces cas spécifiques. En fait, elle procède comme une psychologie de la vision, de l'odorat, de l'audition, etc. C'est-à-dire qu'elle isole une série de variables propres à un champ de stimulation et en étudie les lois. Une telle attitude revient à dénier à la psychologie sociale la possibilité d'avoir des phénomènes et des problèmes théoriques propres : celle-ci ne peut être qu'un champ d'extension des lois de la psychologie générale. D'autre part, elle met en jeu une représentation du caractère « social » et « non social » des stimuli qui pose comme donné, état de « nature », ce qui en fait est déjà le produit d'une différenciation sociale. Et c'est un des problèmes majeurs de la psychologie sociale que de comprendre comment et quand un stimulus acquiert une valeur sociale, comment et quand se constituent la « réalité physique » et la « réalité sociale ».

Le point de vue différentiel n'est pas très éloigné du point de vue taxonomique, mais il renverse l'ordre des pôles dans la relation Ego-Objet, voyant dans les caractéristiques du sujet la raison de la réponse sociale observée. Il s'interroge sur le problème du rapport de l'individu à la société en général. De ce fait, la nature de la stimulation importe peu ; par contre, on opère un classement des individus qui seront socialement différenciés en fonction d'un certain nombre de critères dont le choix varie avec l'école à laquelle on appartient ou le type de problème étudié. Par exemple on classera les individus selon le style cognitif (abstrait-concret), les structures affectives (haute, basse estime de soi), la personnalité (autoritaire-non autoritaire ; rigide-flexible), les motivations (besoin d'accomplissement, d'affiliation, d'approbation...), les attitudes (ethnocentrisme, dogmatisme...), le degré de suggestibilité, etc. Le rapport entre le sujet et son environnement s'exprime donc ainsi :

Sujet : différencié par                                                           Objet : indifférencié
des caractéristiques
ayant un impact social.

Quel que soit le type de stimulation, on cherchera à savoir comment les diverses catégories d'individus se comporteront en société, comment elles entrent dans le milieu social, comme on pénètre dans le milieu physique. Le propos est alors d'établir une psychologie différentielle des réponses et des comportements sociaux et, à la limite, de dresser une sorte de tableau de la composition psychologique des groupes sociaux pour en déduire le fonctionnement. Ainsi, ayant décrit la symptomatologie des individus persuasibles on montre par exemple que, quel que soit le type de message qu'ils reçoivent, ils sont influencés. Ou bien on explique le leadership par les caractéristiques du meneur et des suiveurs. De même, au niveau des groupes, on établit avec soin une liste des caractéristiques structurelles et quantitatives des groupes, pour connaître les propriétés de leur fonctionnement, de leur production et la dynamique de leur évolution. Une telle perspective utilise de manière purement instrumentale les phénomènes psychosociologiques qu'elle aborde et de ce fait s'interdit d'en étudier les propriétés et d'en faire la théorie : si le caractère plus ou moins suggestible d'un individu rend compte de l'effet d'une communication, point n'est besoin de connaître cette dernière. Si l'on se contente de montrer que des individus sont plus influençables quand ils ont un fort besoin d'appartenance au groupe, qu'a-t-on appris du processus d'influence lui-même ? À la limite, on se demande si on fait de la psychologie de la personnalité ou de la psychologie sociale. Ne cherche-t-on pas simplement à mieux comprendre certains mécanismes psychologiques en les étudiant dans un contexte psychosociologique, ou à préciser l'effet des. mécanismes sociaux sur certains types de personnalité ? Il est à craindre, qu'avec une telle optique, on ne se borne, là aussi, à un niveau descriptif et corrélationnel, la psychologie sociale ayant pour but d'évaluer des paramètres, des coefficients quantitatifs de la situation sociale et ignorant les phénomènes psychosociologiques comme processus sui generis.

Malgré leur intérêt, malgré l'importance des travaux qu'elles ont suscités, les variantes « taxonomique » et « différentielle » de l'optique individualiste manquent à saisir l'aspect proprement structurel, dynamique des processus psychosociologiques. De ce point de vue, une perspective plus « sociale » que partagent, à des degrés divers, plusieurs auteurs, représente un progrès certain dans la mesure où elle prend comme point focal l'unité globale constituée par l'interdépendance, réelle ou symbolique, de plusieurs sujets dans leur rapport à un environnement commun, que celui-ci soit de nature physique ou sociale. Une telle perspective est applicable aux phénomènes de groupe aussi bien qu'aux processus psychologiques et sociaux et intègre le fait de la relation sociale dans la description et l'explication des phénomènes psychologiques et sociaux. Dans ce cas, la relation Sujet-Objet est médiée par l'intervention d'un autre sujet, d'un « Alter », et devient une relation complexe de sujet à sujet et de sujets à objets :

Sujet
                                                                      Objet
Sujet

Mais cette relation de sujets à sujets dans leur rapport à l'objet peut elle-même être conçue sous une forme statique ou dynamique, c'est-à-dire en tant qu'elle se traduit par des modifications intéressant les comportements individuels mis enjeu, ou en tant qu'elle produit des effets spécifiques, engageant dans leur totalité les sujets et la relation qu'ils entretiennent entre eux et avec leur objet.

À ce titre on peut distinguer actuellement deux courants dans la recherche et la théorie. L'un, s'intéressant au mécanisme de « l'interaction » en général analyse, pour une relation donnée, les effets séquentiels et immédiats observables au niveau des comportements. Qu'il s'agisse de la simple présence d'autrui, ou de rapports de dépendance, d'interdépendance, d'échange, etc., on s'en tient aux modifications introduites dans les réponses de l'un des termes d'une relation sociale du fait de la stimulation que constitue la présence, l'intervention ou la réponse de l'autre terme, ou du fait du contrôle que chacun des termes peut exercer sur l'autre. Une illustration de cette tendance peut être trouvée dans les travaux de chercheurs comme R. Zajonc (Facilitation sociale [16]) ou comme J. Thibault et H. Kelley (Social Psychology of Groups [17]). L'autre courant voit la relation sociale comme la source de processus spécifiques constituant un contexte, un champ psychosocial où s'inscrivent et dont dépendent les phénomènes psychologiques subséquents. Dans ce cadre rentre l'analyse que Shérif fait de l'établissement des normes sociales, ou du développement des relations inter-groupes ; les travaux de l'école lewinienne sur les groupes, la constitution de la « réalité sociale », la comparaison sociale, etc. et, à un niveau plus limité, les études de Schachter montrant la dépendance des états émotionnels par rapport à la relation sociale.

Ceci nous amène à mieux préciser ce que l'on peut prendre comme objet en psychologie sociale. Il me semble légitime de dire que cette dernière doit s'occuper au premier chef du lien social que constitue la relation entre un « Ego » (individu ou groupe) et un « Alter » (individu ou groupe) pour analyser leurs rapports à l'environnement, social ou non social, réel ou symbolique. Et d'ajouter qu'elle réussira ou échouera en tant que science dans la mesure où elle arrivera ou non à comprendre la genèse et les effets de ce lien. C'est en partant de l'existence ou de l'instauration du rapport entre plusieurs sujets sociaux que l'on pourra valablement rendre compte du transfert, de l'acquisition ou de l'émergence de propriétés ou comportements sociaux, de la transformation de certaines activités ou processus psychologiques (par exemple : les phénomènes d'imitation, de conformisme, d'innovation ; les modifications des structures mentales et cognitives, dans et par relations sociales, etc.).

Ce faisant, je ne crois pas obéir à quelque visée réductionniste, ramenant le psychologique ou le mental au social. Dans l'ordre d'interdétermination psychosociale, il convient de poser clairement le caractère des unités dont on s'occupe et d'où procéderont l'analyse de l'intériorisation et de l'extériorisation du social au niveau individuel, autant que la compréhension de l'intervention de l'individuel dans le social. Et peut-être par là redresserons-nous une représentation quelque peu abstraite et irréelle, fondée sur l'idée d'un monisme individuel. Car, en effet, l'hypothétique solitude du sujet face à son environnement est toujours perturbée ou remise en cause par le lien social, réel ou symbolique. On suppose trop généralement, que le sujet dispose, face à un stimulus donné, d'un répertoire de réponses indépendant. Mais il est aisé de remarquer que, dans l'élaboration de son comportement, entre enjeu la présence, effective ou imaginaire, d'un autrui dont le répertoire de réponse interfère avec le sien. De plus, la réponse ou le comportement sont toujours situés dans un contexte de référence interne : celui des réponses que le sujet a données antérieurement au même stimulus ou à ceux qui lui sont associés, en fonction des différents rôles qu'il a occupés. Or ces différents rôles sont établis et vécus en rapport à autrui, dans la relation sociale ; dans cette mesure encore, agit le lien social, sous une forme, cette fois, intériorisée. De tels liens, produits de l'expérience antérieure ou de la relation immédiate, aussi ténus soient-ils, ont toujours un impact sur les fonctions et comportements individuels.

Les psychologues pensent, le plus souvent, que cet impact et les changements qu'il induit sont spécifiques selon les fonctions et activités psychologiques concernées et que les lois établies par la psychologie générale permettent de prédire, en dernière instance, la forme des modifications, somme toute secondaires, produites par le lien social. En fait, dès lors qu'interviennent les relations et les interférences sociales et interpersonnelles, les mécanismes psychologiques et les lois qui les régissent ne jouent plus de manière décisive : c'est la nature du rapport social qui seule rend compte des formes particulières qu'ils revêtent alors. Bien plus, il efface les différences entre les mécanismes et les fonctions psychologiques.

Il est donc urgent aujourd'hui d'opérer le passage d'une psychologie à deux termes « Ego-Objet » à une psychologie à trois termes « Ego-Alter-Objet ». Psychologie à laquelle contribuerait largement notre discipline, réalisant en cela une prédiction que Freud, dans sa clairvoyance incisive, formulait dès 1921 : « L'opposition entre la psychologie individuelle et la psychologie sociale ou collective qui peut à première vue paraître très profonde, perd beaucoup de son acuité lorsqu'on l'examine de plus près. Sans doute la première a-t-elle pour objet l'individu et recherche-t-elle les moyens dont il se sert et les voies qu'il suit pour obtenir la satisfaction de ses désirs et ses besoins. Mais dans cette recherche, elle ne réussit que rarement et dans des cas tout à fait exceptionnels, à faire abstraction des rapports qui existent entre l'individu et ses semblables. C'est qu'autrui joue dans la vie de l'individu le rôle d'un modèle, d'un objet, d'un associé ou d'un adversaire, et la psychologie individuelle se présente dès le début comme étant en même temps par un certain côté une psychologie sociale dans le sens élargi, mais pleinement justifié du mot ». [18]

Telles sont les réflexions que suggèrent le survol d'une discipline en mouvement, l'analyse des courants qui animent la vie d'une communauté de chercheurs. Il convient maintenant de se tourner vers ce que la psychologie sociale présente de plus manifeste : ses productions significatives du point de vue de la délimitation du champ scientifique, et de la définition des cadres de la recherche. C'est seulement après avoir pris une vue exacte des résultats accumulés au cours de la dernière décade marquée par un bond décisif de la recherche, que pourront être avancées quelques propositions positives pour son meilleur développement. Et celui-ci est nécessaire.




[1]     TRIPLETT, « The dynamogenic factors in pace making and competition », American Journal of Psychology 9, 1897 : 507-533.
[2]     ALLPORT, F. « The influence of group upon association and thought », Journal of Experimental Psychology 3, 1920 : 159-182.
[3]     LEWIN, K. « Field theory and experiment in social psychology : concepts and methods », pp. 130-154 in : CARTWRIGHT, D. (ed.) Field theory in social science. London, Tavistock, 1951.
[4]     HOVLAND, C. « Reconciling conflicting results derived from experimental and survey studies of attitude change », American Psychologist 14 (1), 1959 : 8-17 [Voir analyse n° 53].
[5]     Un article de K. RING, usant d'un ton polémique quelque peu justifié, souligne les dangers d'une telle dépravation de l'orientation scientiste. On aboutirait à une sorte de surenchère gratuite où les expérimentations habiles sur des thèmes « exotiques » servent à cacher sous un style flamboyant et artificieux une matière vide ou triviale (« Experimental social psychology : some sober questions about some frivolous values », Journal of Experimental Social Psychology 3 (2), 1967 : 113-123).
[6]     McDOUGALL, W. Introduction to social psychology. London, Methuen, 1908. Ross, E. A. Social psychology. New York, Macmillan, 1908.
[7]     On trouvera dans la partie documentaire l'analyse des manuels dont les auteurs, depuis S. ASCH (1952) ont tenté de circonscrire rigoureusement le domaine psychosociologique, Première Partie, chap. I.
[8]     Op. cit.
[9]     ROKACH, M. Open and closed mind [Voir analyse n° 54].
[10]    SCHACHTER, S. The psychology of affiliation [Voir analyse n° 1761.
[11]    ZAJONC, R. Social psychology [Voir analyse n° 10].
[12]    ALLPORT, F.H. Social psychology. Boston, Houghton-Mifflin, 1924, pp. 3-4.
[13]    Citation extraite de l'ouvrage d'Allport cité infra, p. 295.
[14]    ASCH, S. « A perspective on social psychology », in : KOCH, S. (ed.) A study of a science. Vol. 3, New York, McGraw-Hill, 1959.
[15]    FESTINGER, L. ; RIECKEN, H. W. ; SCHACHTER, S. When Prophecy fails [Voir analyse n°65].
[16]    Voir analyse n° 127.
[17]    Voir analyse n° 34.
[18]    FREUD, S. « Psychologie collective et analyse du moi », in : Essais de psychanalyse. Paris, Payot, 1967, p. 83.

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